Par Claire Durocher

Madame Trépanier! Au bout d’un chemin sinueux, j’aperçois enfin sa maison à travers le feuillage des arbres. D’apparence modeste et ordinaire, cette demeure possède une âme exceptionnelle. Elle déborde de vie, surtout, elle raconte une histoire. Les murs sont décorés de dessins d’enfants et de photos de moments précieux. Des objets semblant inanimés reprennent vite, ils ont tant à raconter. Oui, c’est bien Madame Trépanier!

Depuis ce jour, l’architecture me fascine. À travers les âges, elle offre un témoignage silencieux, mais combien fidèle des mœurs et des coutumes des peuples. C’est l’histoire de l’humanité à travers les siècles. Depuis que le monde est monde, les constructions révèlent une multitude de détails qui passent inaperçus, mais qui en disent longs sur ceux qui les ont créées.

Les constructions s’expriment par leurs matériaux, soit le bois, la pierre, la brique, l’acier, le verre, bref un langage d’époque. Elles parlent aussi par leurs principes d’ingénierie simples ou très complexes. Chaque construction devient le savoir et les aspirations de son temps.

Je vous partage quelques constructions qui m’ont marquée sur les sentiers du monde.

Vue de l'intérieur d'une grotte vers l'extérieur

Une histoire imprévisible, celle de la grotte du Milodon au Chili. D’abord, refuge d’un animal préhistorique aujourd’hui disparu, la grotte est devenue l’habitation d’êtres humains. Les traces de leur présence sont encore visibles dont des pierres de silex utilisées pour allumer un feu.

Je me dis que les premiers humains ont observé les animaux dans leur habitat naturel et s’en sont inspirés pour leurs propres abris. Le terrier du renard ou le nid de l’oiseau qui transporte des matériaux disponibles dans son environnement.

Peu à peu, la grotte naturelle du Milodon est remplacée par des maisons bâties par des mains humaines. C’est le début de la grande aventure des civilisations. Fini de dormir sous les étoiles. Le toit étoilé est remplacé par un toit conçu par des individus.

Une maison pièce-sur-pièce

L’histoire fabuleuse de l’architecture se poursuit. Voilà qu’apparaît la maison de rondins. Une méthode de construction pièce-sur-pièce avec des rondins grossièrement équarris à la hache. Les maisons sont brillamment calfatées avec de l’étoupe, de la mousse, du crin de cheval, de la boue ou des chiffons, ce qui leur donne une efficacité thermique remarquable. Rien n’est plus fascinant, aucun clou dans ces constructions. 

Pour ma part, la première maison que j’ai achetée me réservait toute une surprise. Ses murs étaient isolés avec des manteaux d’hiver savamment attachés aux parois. Encore une fois, l’architecture raconte une histoire. Que s’est-il donc passé pour que les anciens propriétaires en viennent à transformer leurs vêtements en matériaux d’isolation? Derrière ce choix insolite, se cache un récit de débrouillardise que les murs continuent de murmurer.

Forteresse à Malte

Une nouvelle époque s’amorce. Les habitations dispersées sont regroupées pour donner place à des villages. Une organisation sociale voit le jour avec ses plans d’urbanisme. Avec elle, émergent les notions de territoire et de pouvoir. Les rivalités s’intensifient, les guerres éclatent, l’architecture crée des remparts et des forteresses pour protéger les habitants.

Malte constitue un véritable carrefour de l’histoire. Sa position stratégique au milieu de la Méditerranée en fait un territoire convoité par plusieurs conquérants. Ses fortifications en témoignent encore aujourd’hui.

Décidément, l’architecture raconte vraiment l’histoire de la civilisation.

Vestige d'un fort

À quelques milles marins de Malte, se trouve la Tunisie, autrefois le puissant royaume de Carthage. Sa position géographique lui a aussi amené des guerres. Dans le port de Bizerte, il reste des vestiges de cette époque dont un fort surnommé le fort aux pierres dorées. Il reste vivant par l’entremise des photos de voyageurs.

Un édifice avec des colonnes sur la façade

Les échanges culturels se multiplient. Les humains commencent à s’inspirer entre eux. Une nouvelle ambition s’impose : construire toujours plus grand et plus impressionnant.

Désormais, les toits de certaines constructions reposent sur d’immenses colonnes comme celles du Community Hall à Fort Langley en Colombie-Britannique. Ces énormes piliers sont la signature des architectes devenus maîtres en ingénierie. Ils explorent les subtilités des effets d’optique donnant des ouvrages semblant défier les lois de la matière.

Partout à travers le monde, des constructions toutes plus magnifiques les unes que les autres sont encore visibles aujourd’hui. L’Antiquité a laissé des chefs-d’oeuvre qui continuent d’émerveiller par leur grandeur et leur raffinement. Les techniques de construction se raffinent. Au-delà des exigences des souverains, la vénération des divinités impose ses impératifs. Tout doit être d’une beauté impeccable pour les dieux. Des colonnes de marbre sculptées apparaissent, symbole d’une vénération profonde.

Les maisons de rondins sans clous appartiennent au passé. Elles cèdent la place à des constructions de brique et de béton rendues possibles par la maîtrise du mortier fait de chaux, de sable et d’argile.

une cathédrale avec des dômes

Parmi toutes les merveilles architecturales, les coupoles me fascinent au plus haut point. Fini l’austérité des habitations, les coupoles leur donnent une magie artistique incroyable. La cathédrale de Sofia en est un exemple saisissant. Elle nous invite à danser, rire, être heureux, voler comme un oiseau et célébrer la beauté du monde. Une sensation créée par ce symbole architectural de la Bulgarie.

Sa stature dominante sous le ciel remarquablement bleu est un fil invisible entre l’ancien et le moderne. Sa présence est une séduction si magique que je me sens capable de faire pousser des roses en hiver.

Les matériaux sont sobres, les couleurs sont quelque peu défraîchies, mais quelle personnalité cette cathédrale!

maison rectangulaire blanche et bleue dans le désert

Le charme absolu. Le désert possède lui aussi ses chefs-d’œuvre inattendus. Au coeur des tempêtes de sable, parmi les dunes brûlantes et l’horizon infiniment droit, surgit un houch. Cette demeure traditionnelle des Djerbiens d’un blanc éclatant et d’un bleu ciel inoubliable apparaît comme un mirage. Jamais je n’aurais imaginé découvrir une telle beauté au milieu du désert. Rien n’est laissé au hasard. Cette maison n’a pas d’ouvertures vers l’extérieur, les fenêtres s’ouvrent sur une cour intérieure pour se protéger des rigueurs du climat. Et, encore des dômes! Cette fois, les coupoles sur le toit servent d’isolation contre la chaleur.

Je ne sais pas ce que je ressens. Cette présence humaine au milieu du désert me bouleverse et me déroute.

C’est incroyable, même dans cet univers aride du désert, l’architecture raconte l’histoire de l’adaptation humaine. Elle illustre comment les peuples apprennent à habiter leur environnement plutôt qu’à le combattre.

Le houch est un poème du désert écrit avec des agaves et des aloès offrant une touche d’intimité.

deux femmes assises devant un bâtiment majestueux

Mon coup de coeur de tous les temps. Comme le disait mon amie, «on dirait presque du romantisme architectural».

Le musée de Rotorua a une telle capacité de m’émerveiller. Son architecture de style Tudor domine de magnifiques jardins. L’édifice est construit entièrement avec des matériaux de la Nouvelle-Zélande. Il est fermé depuis le tremblement de terre de 2016 et il devrait rouvrir en 2027.

S’asseoir devant ce bâtiment et écouter son architecture raconter l’histoire locale dépassent tout entendement. La terre sur laquelle le musée est construit appartenait aux Maoris. Le peuple Ngati Whakaue l’a offerte au gouvernement afin que les bienfaits de ce lieu puissent être partagés par tous. Les fumerolles de bains thermaux autour du musée témoignent des traitements recherchés par des milliers de personnes pour diverses maladies.

Il n’y a pas d’autre mot pour ce bâtiment, c’est une icône.

Bien plus qu’un cours d’histoire, ce voyage à travers les architectures du monde m’apporte une compréhension plus profonde de l’humanité. Chaque bâtiment, chaque pierre et chaque coupole sont les témoins des capacités de l’être humain. Je souhaite que l’humain se rappelle que, lorsqu’il s’inspirait de la nature, ses aspirations avaient leurs lettres de noblesse.

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