Par Claire Durocher
On est en plein dans le Nouvel an lunaire, l’année du cheval. J’étais dans les montagnes du Viet Nam lors de la dernière année du cheval. C’était la fête partout au pays. Les citadins étaient de retour dans leur village natal. On rendait hommage aux ancêtres, on mangeait et on jouait. Un peu aventureuse, un peu humaine, je vous amène à la rencontre des Vietnamiens pour vivre avec eux les festivités du Têt.
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Hanoï a un air de bonheur, c’est le réveillon du Nouvel an. Les rues sont bondés de monde venus voir les feux d’artifices. Mon taxi ne peut pas se frayer un chemin, je descends et marche jusqu’à l’hôtel. Chemin faisant, je jette un coup d’oeil aux milles lumières des feux dans le ciel obscur de la ville.
À mon hébergement, la table d’offrandes est plus garnie que d’habitude. Elle est remplie de victuailles et de fleurs en l’honneur des divinités et des ancêtres. Une odeur familière s’en dégage, celle des bâtons d’encens dont la fumée relie le Ciel et la Terre.
Le matin pointe son nez alors que le soleil est encore tiède sur la ligne d’horizon. La ville est paisible, les rues sont couvertes des débris du Réveillon. Pour moi, c’est le départ vers la montagne.
Tout à coup, la musique retentit au milieu du silence de la campagne. La fête bat son plein dans une petite communauté. Non, non, non, mon coeur bat à double vitesse. Je vais devoir suivre la cadence et sauter entre les bâtons. Je regarde les danseurs et, une dame s’approche pour m’inviter dans la farandole. C’est beaucoup plus difficile que s’en a l’air. Je piétine les bâtons, je suis comme un coup de vent dans la fête. Mon corps et mon âme s’entremêlent.
Au centre du village, faut voir les aînés faire la course sur des échasses. Ils sont si concentrés sur le jeu. Puis, un peu à l’écart, les plus jeunes jouent aux échecs sur la pelouse comme damier.
Une famille m’invite à sa table. La dame, d’une beauté exceptionnelle, cuit les crêpes de riz sur le feu de bois. La salle est sombre et contraste avec la lumière de ma joie intérieure.
On entend un silence de plomb dans la maison, c’est la profondeur de ce partage de repas du Nouvel an.
Je repars vers une autre communauté ? Le chemin est de plus en plus étroit en direction du Nord.
Une boutique m’interpelle. Quelle surprise ! Un sapin pose fièrement près de la table d’offrandes. Ceci donne une impression de fraîcheur, de vivant. En fin de compte, l’arrêt vaut la peine. La commerçante vend des gâteaux du Têt, nommés Banh Chung dans le Nord du pays. Il est fait de pâte de riz, de pois et de porc enrobé dans une feuille de vigne. Le gâteau est bouilli pendant 8 heures avant d’être consommé.
Parcourir les routes de la fête du Têt, c’est comme une gourmandise. Dans une section spéciale de la boutique, de la nourriture est disposée sur une table pour les voyageurs. Je crois que c’est des litchis et des dattes. Ne me cherchez point, je suis à savourer ces délices.
Les festivités se déroulent de l’autre côté de la rivière. Les gens arrivent de partout à travers les champs. Le chemin serpente les quelques maisons. Impossible de voir la crête des montagnes à travers la bruine.
À bout de souffle, j’arrive en haut de la colline. Je suis trempée. Je rejoins les festivaliers, impatiente et incapable de m’imaginer ce qui m’attend.
À ce moment précis, je me dis que j’aurais peut-être dû m’arrêter à un temple ou à une pagode pour recevoir une calligraphie chanceuse de la nouvelle année. Trop tard pour reculer, j’entre dans un brouillard plus épais. Mon coeur se serre, j’ai la chair de poule. Je dois traverser ce pont rudimentaire à peine perceptible dans ce voile de brouillard.
Tout le monde a trouvé son chemin et plusieurs s’amusent déjà sur la balançoire géante. La montagne offre la simplicité absolue, l’écho des prières du Nouvel an fait son chemin à travers la bruine.
Je me laisse fondre dans la joie des personnes qui m’accueillent dans une douceur céleste. Dans ce dénouement ultime, je goûte des boissons et des aliments qui resteront à jamais sans nom, mais dont le goût a laissé une trace de volupté dans mes souvenirs.
La boucle est bouclée. Je suis aux anges, imprégnée d’une nouvelle énergie et d’un nouvel espoir.
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Oh mon Dieu, quelle merveilleuse expérience tu as vécue ma belle Claire et quel bonneur que de lire ton contrendu si délicieux, on goûte presque tous ces traites spéciales. Merci de partager!
Merci beaucoup pour votre commentaire. Revivre ce Nouvel an vietnamien a ravivé toutes les saveurs et les expériences symboliques de cette fête si importantes pour chaque personne.