Par Claire Durocher

Le 13 décembre 2001, mon frère Jean-Claude s’est endormi pour son dernier sommeil. S’il y a quelque chose que je retiens, c’est qu’il m’a donné son amour de grand frère de façon inconditionnelle.

Intrépide c’était sa belle qualité, aucun obstacle ne lui faisait peur. Au début, il me fabriquait des jeux avec des bouts de planche, de la ficelle et de l’imagination. Combien je me suis amusée avec ses inventions.

Puis, il voulait me faire connaître les us et coutumes de la grande ville. Il a créé une recette de vin aux cerises sauvages. Il m’a servi cet élixir dans un verre fancy avec une boule de crème glacée à côté. Je dois dire que cette fois-ci, son intrépidité était un peu douteuse.

Mais, ça ne vaut pas la fois où il s’est acheté une M.G. décapotable rouge. J’avais 12 ans et, un samedi soir, il m’a amenée au Forum de Montréal dans cette merveille de voiture. La route était interminable, j’avais trop hâte de voir le match de hockey entre les Canadiens de Montréal et les Red Wings de Détroit. Je me suis perdue dans le Forum, et c’est nul autre que le grand Jean Béliveau qui est venu me consoler et il m’a aidée à retrouver mon grand frère.

Un homme regarde un grand-père assis dans un hamac avec 2 enfants

Il était inébranlable dans son dévouement pour sa famille. Au début, c’était de pêcher de la barbotte dans la rivière près de l’école. Ma mère se remplissait le coeur de joie de cuisiner un tel festin. Jean-Claude y trouvait tout son bonheur d’enfant. Sa présence discrète aux rencontres de famille était marquante. Il adorait ces moments où bons plats, musique et parenté étaient au rendez-vous. Je me souviens encore de l’odeur du blé d’Inde émanant d’un gros chaudron noir suspendu à la balançoire de mon enfance.

Je ne compte plus les fois où il m’a accueillie chez lui avec tant de douceur. J’avais l’impression que mon quotidien avait une dimension d’infini lorsque j’étais à ses côtés. Il était mon philosophe préféré. Le mystère qui entourait sa personne était déconcertant et simple en même temps. Il était de ceux qui se rendent à la gare et oublient de prendre le train tellement leur vie spirituelle est trop intense.

Longtemps, le soleil l’a bercé, le vent a chanté pour lui jusqu’à son dernier envol. Ses enseignements m’ont appris à être dégourdi dans mon cheminement comme les fleurs sauvages affrontant la diversité de leur environnement et comme le lac paisible de sous-bois savourant son havre de paix.

Mon frère Jean-Claude, il est comme le cèdre qui chante à la brise du soir.

Montage de plusieurs photos d'un homme

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8 Comments

  • Alain Durocher dit :

    Très beau texte, Jean-Claude avait quel âge lors de son décès ?

  • Marie dit :

    C’est vraiment une façon émouvante de se rappeler de sa personne. Merci d’avoir mis en mots son héritage.

    • Claire Durocher dit :

      Le mot héritage est approprié. Je réalise qu’il a été un grand maître pour moi. Aujourd’hui encore, je mets en pratique plusieurs de ses enseignements.

  • Colette dit :

    superbe texte, que de souvenirs réinscrits dans ta vie, …..on oublie jamais les gens près de nous qui sont décédés, ils continuent à nous accompagner……

    • Claire Durocher dit :

      J’aime votre phrase, les souvenirs réinscrits dans ta vie. Écrire ce texte m’a fait réaliser davantage les traces de lumière qu’il a laissé dans mon coeur.

  • Suzanne Pagé dit :

    Quel merveilleux témoignage! Ceci m’a fait penser à mon frère qui vient juste d’avoir 80 ans et de l’appécier pour toutes mes mémoires de lui pendant son vivant. À la suite de t’avoir lue, j’ai eu une conversation émouvante avec mon grand frère ou on partageait nos mémoires d’avoir grandi ensemble. Merci beaucoup de ton partage Claire!

    • Claire Durocher dit :

      Je suis sans mot Suzanne. Quelle belle tranche de vie de se donner le bonheur de converser avec son frère. Belle continuité dans cette communication fraternelle.

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