“Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier
que je donne de vieilles pommes”

Félix Leclerc

Par Claire Durocher

Devenir vieux vient avec beaucoup d’humilité. Avancer en âge exige l’acceptation physique et mentale de son corps et de son esprit. On doit aussi accueillir son rôle et sa place au sein de la société. Beaucoup de pays asiatiques et africains font une place honorable aux vieillards. La culture occidentale tend à vénérer davantage la jeunesse.

C’est difficile de faire la paix avec vieillir. Pourtant la vieillesse apporte apaisement. Le gaspillage de temps à gérer des conflits et des rancoeurs est révolu. Le mot respect des générations prend tout son sens.

Deux aînés devant une affiche respect

Vieillir c’est savourer sa vie, son identité et partager avant de tirer sa révérence. C’est le plaisir de répertorier ses connaissances et ses expériences de vie.

Vieillir c’est reconquérir son soi qui s’était quelque peu effrité dans le brouhaha du travail et du quotidien. C’est savoir qu’un ancêtre nous a transmis un caractère, une détermination et une force en héritage.

Vieillir c’est avoir une perception différente et se donner des permissions. C’est s’offrir sa place dans l’Univers.

Un couple assis dans un jardin

Un jour, mes parents achètent le troupeau de vaches laitières d’oncle Omer afin d’augmenter leurs revenus pour payer nos études, un but qui leur est cher.

Le lendemain, pendant que je mange ma tartine au miel, mon père entre dans la maison et dit : toutes les vaches sont mortes … électrocutées. C’est la première fois que je vois mon père pleurer. Quelques minutes plus tard, avec la tendresse et le soutien de ma mère, il relève ses manches et continue son travail.

Ce jour-là, j’ai vu le champ de bataille du découragement et de la force morale dans le regard de mes parents. Un abîme, un désordre, comme une sorte d’anomalie de la vie. Cette minute me suit comme une immunité morale.

Une aîné devant des pivoines

Dans cette même étable, il y a ce dimanche après-midi d’hiver avec mon grand-père Anthime. Ce grand silencieux, toujours teinté d’une paix indéfinissable, m’aide à tailler une poule dans un morceau de bois. C’est bien plus que l’Art du travail du bois, c’est l’Art de vivre que je sculpte dans ma tête en compagnie de cet aïeul éternel.

Un aîné devant un bâtiment en bois

Que dire de grand-maman Berthe qui, avec ses chapeaux de grandes occasions dont celui avec une plume d’autruche, s’enorgueillit de sa descendance British. Elle raconte que son premier boulot lui permet de faire un emprunt de 75 cents à la banque. Ses paiements sont de 5 cents par chèque de paye. Qu’a-t-elle acheté de si important ? Un parapluie pour s’en faire une ombrelle. Une grande dame de coeur dont l’éternel romanesque me manque toujours.

une aînée avec un chapeau élégant

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7 Comments

  • Suzanne Pagé dit :

    Je n’aime vraiment pas le mot “vieillard”. Ça semble tellement mais tellement vieux! Je préfère “un vieil homme” ou “une personne âgée”. C’est juste moi!

    • Claire Durocher dit :

      Nous comprenons les mots selon la perception que l’on s’en fait. C’est la beauté de l’écriture. Les mots nous permettent d’errer dans le vécu d’une personne et ouvrent la porte de la communication.

  • Colette dit :

    un beau texte et de belles photos pour se remémorer ce temps, ….bravo à toi

  • Diane dit :

    Très beau texte. Qui rend hommage à ta famille. Et qui montre le courage et la force de ta mère

    • Claire Durocher dit :

      Merci beaucoup. Chaque famille a son histoire. Effectivement, ma mère avait un courage et une force infinie. Elle m’inspire toujours.

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