“Un arbre qui pleure du sucre”
Simon Lemay*
Par Claire Durocher
Ô que le bonheur est facile à l’approche du printemps. Je cours à l’extérieur pour le voir arriver. Ma joie déborde, et flouc je m’enfonce dans la neige fondante. Même si la température donne des cristaux étincelants à la neige, il faut se méfier. J’ai maintenant les pieds trempés et de la neige dans mes bottes. Pas grave, j’y vais pareil. C’est le printemps, c’est le temps des sucres.
En voyant l’érablière, des souvenirs se réveillent. Je revois oncle Noel m’accueillir à sa cabane avec son sourire timide et chaleureux. Il m’offre du «réduit», de l’eau d’érable épaissie par l’évaporation. Je prends le gobelet de métal encore chaud et je savoure les yeux fermés, c’est trop bon
Quelques années plus tard, je construis ma propre cabane. Je l’admets, elle est rudimentaire : de la clôture à neige déposée sur des perches servant de structure, et voilà le chef d’oeuvre. Un évaporateur est installé au centre et il ne reste plus qu’à transformer l’eau en sirop.
Peu importe l’apparence primitive de ma cabane, la saison des sucres n’en demeure pas moins un temps d’exception.
La besogne commence, percer l’écorce, enfoncer un chalumeau et accrocher un seau aux érables. C’est un art car l’entaille est une blessure pour l’arbre. Il est important d’avoir la bonne méthode pour garder l’érable en santé.
Par chance, les Premières nations ont généreusement partagé leur savoir au début de la colonisation du Canada par les Européens. Déjà ils connaissaient les bienfaits de la sève d’érable et de ses saveurs au cours de l’évaporation. Sans compter la cuisson du gibier dans l’eau d’érable, de même que la fameuse banique faite de farine de maïs, de graisse d’ours et de sucre d’érable.
Dans ma première cabane, je n’ai pas de chalumeaux d’écorce comme dans ce temps lointain, mais j’adapte le savoir-faire exceptionnel de ce legs autochtone.
D’abord la tournée. Un tracteur tire un réservoir sur un traîneau dont les lames lissent un sentier. Munis de chaudière, nous voilà partis pour notre virée en forêt. Encore une fois, je m’enfonce dans la neige fondante. C’est ça le temps des sucres!
Les chalumeaux laissent couler le précieux liquide goutte-à-goutte dans les récipients comme si le soleil était le magicien du jour. Il ne reste plus qu’à retourner à la cabane et commencer le processus de transformation.
L’évaporateur est une invention complexe avec ses séparateurs, ses valves et ses flotteurs. En fait, l’eau avance à travers les séparateurs au fur et à mesure qu’elle devient plus concentrée en sucre. Une fois à l’avant de l’évaporateur, elle est devenue du sirop. La mise en conserve ou en bouteille se fait immédiatement pour assurer sa conservation.
Le sirop d’érable est produit principalement dans l’Est du Canada. La conservation d’au moins 15% d’espèces d’arbres différentes dans l’érablière est essentielle pour assurer un écosystème propice à la santé des érables. De plus, il ne faut pas sur-entailler un arbre afin qu’il garde son système naturel de défense pour sa survie.
Que danse la vie, c’est le printemps. Que brille la première pleine lune de ce cycle nouveau, cette lune amicalement appelée lune de sucre par les Premières nations.
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Quelle imagination a notre belle Claire! Comme une petite fille éblouie par tellement de découvertes!
Parfois, il suffit de faire face à l’adversité par la créativité et de pouvoir ainsi profiter de ces belles journées à la cabane à sucre.
que de beaux souvenirs, mes parents avaient aussi une érablière et une cabane à sucre,…. connu ce temps du ramassage avec des chaudières et se sucrer le bec par après avec de la tire d »érable ou du beurre d’érable ……….. quel temps magique
Bravo pour ton texte
Comme le dit le dicton, on est «tricoté serré». On a tous ces souvenirs inoubliables du temps des sucres, un patrimoine jusqu’au bout de nos racines.
Très beau Claire!
Le temps des sucres ravive des beaux souvenirs d’enfance!
Céline
Je suis heureuse d’avoir pu partager ce souvenir avec vous. Il y a des joies, des odeurs, des délices de notre enfance que l’on garde précieusement dans notre coeur.