Par Claire Durocher

Le premier semestre terminé, j’amorce la deuxième partie de mon contrat en Chine. J’ai l’impression de regarder ma vie et de ne pas la reconnaître. Avant, des personnes habitaient mon quotidien avec du déjà vu. La végétation ressemblait à mon vécu, oiseaux, plantes, odeurs, enseignes urbaines … La démesure ne m’avait pas encore atteinte.

Aujourd’hui, j’arpente les rues de Changzhou dans un confort nouveau. Les bruits, les lueurs, les phénomènes insolites de mon arrivée sont maintenant familiers.

Un jour, une enseigne commerciale nous interpelle, ma fille et moi. Nous entrons. Nous sommes dans un café de type bistro. Une équipe de serveurs nous apporte le menu et pour quelques dollars, le menu au complet nous est servi. Attablées à cette table du restaurant, nous goûtons de la nourriture inexplorée et buvons des breuvages énigmatiques. C’est mon anniversaire! Nous nous régalons pendant des heures.

une femme dans un café avec un menu

Durant ce dernier sprint en terre chinoise, je repasse mon année magique. Une chose demeure, j’aime voir la place des femmes dans ce secteur de la Chine où j’enseigne. Si je suis venue en Chine juste pour les voir, ça valait le voyage. Elles sont élégantes, toutes menues, mais elle ont du caractère.

Lors de mes premières sorties, je réalise que le mari porte la sacoche de sa conjointe. Il y a une tendresse chinoise dans la façon dont les hommes prennent soin des femmes qui est difficile à décrire. Il y a ce regard, j’adore.

La mode est joyeuse avec ses couleurs. Chaque vêtement a une petite touche spéciale, un frison qui lui donne belle allure.

Une mère avec ses deux enfants dans un parc

Le passage d’une saison à l’autre se fait discrètement. Lété remplace le printemps. Un soir de clair de lune, je réalise que mon contrat s’achève.

Dernier souper avec les personnes de notre quartier qui sont devenues notre maison. Une cuisinière de l’école nous invite chez elle pour souligner notre dernier jour de travail. Nos hôtes viennent nous chercher en petites motos électriques. Il n’y a pas de mot pour exprimer ce sentiment, surtout quand on passe dans les ruelles. On voit un autre aspect de la vie quotidienne des travailleurs.

Nous cuisinons des dumplings avec la famille, le repas traditionnel des Chinois du nord du pays. On communique par mimes et par quelques mots épars.

Trois cuisiniers prennent la pause pour la photo

Les Chinois bougent beaucoup et pourtant je me sens dans une clairière tranquille. La ville c’est nouveau pour moi, mais je me sens à la campagne au milieu de ces 3 millions d’habitants. Je me sens entourée de gens paisibles. Ils dissimulent naturellement leurs labeurs, laissant rayonner leur joie de vivre, leur joie d’être présents à l’autre. Je suis maintenant dans ce nouveau style de vie. J‘erre allègrement dans ces journées chinoises sans souci, juste le plaisir d’être.

Je me sens bien vivante, à ma place. Les enfants sont d’une tendresse indescriptible. Ils ont une douceur charmante.

Un groupe d'enfants

Je rapporte dans mes bagages mon bien le plus précieux, soit des milliers de sourires. Les personnes de mon entourage ont un je ne sais quoi qui te brode le coeur et t’enveloppe comme d’une grâce, d’une prospérité espiègle et bénéfique. Quel beau festin d’humanité que cette vie en Chine! Mon trésor le plus précieux est cette relation qui s’est tissée entre les gens et moi.

Des gens devant un restaurant

Je suis déjà en choc juste à penser à revenir au pays. C’est si différent les cultures. Je suis comblée d’avoir enseigner dans une approche pédagogique complètement libre. Je me suis offerte de bons moments avec les enfants, des voyages virtuels autour du monde et différents types d’apprentissage pour développer leurs habiletés. J’ai pris soin de la santé de mon corps. Mon esprit a eu un plus grand défi en raison du langage. Mais, cet obstacle a vite laissé place à une belle fraternité.

Deux femmes dans un restaurant

La Chine reste un grand fou-rire. Le choc culturel a éclaté de rire et retentit encore. J’ai passé mon année auprès des ouvriers, dans les quartiers de travailleurs, et ce fut toute une drôlerie. Rire de nos différences, mais surtout le bonheur de la vie simple. Le temps a perdu son rythme fou du quotidien. Je me sens en vacances dans mes vacances, comme si j’étais en cavale.

Une cliente achète un breuvage dans un dépanneur

Je vais rester longtemps accrochée à ce vécu. Le retour en terre canadienne me jette dans un choc culturel à l’envers. Je ne comprends plus ma propre culture. J’essaie de m’infuser d’arômes de mon vécu canadien. Je regarde la fragilité des peuples et ça vient me chercher dans ce que j’ai de plus pur. Les sons des langages m’ont apprivoisée en Chine. Je souhaiterais retrouver au Canada certains traits de la culture chinoise comme de voir les enfants d’ici vivre davantage leur enfance. Là-bas, les gars dansent à la corde, se prennent par la main en signe d’amitié et disent qu’ils ont peur. Les filles ont une intelligence féline et se prennent aussi par la main en signe d’amitié.

Collègues de travail

Cette proximité m’a beaucoup marquée. Les Chinois sur mon parcours ne me voyaient pas comme un touriste, mais comme une amie aux habitudes étranges.

Le retour au pays est difficile émotivement. De plus, revenir au pays sans clé de maison, sans clé d’auto et où le coût de la vie est tellement cher. En Chine, je mangeais à ma faim au resto pour 75 cents.

Revoir de l’argent canadien à mon arrivée au Canada est bizarre, j’ai l’impression de voir de l’argent d’un autre pays, comme si je partais en voyage.

D‘ailleurs, je n’arrive pas à me dire que je rentre chez moi… Il n’y a plus d’endroit physique, de maison familiale. Mais, je rentre chez moi pour retrouver ma famille et mes amis.

Deux femmes devant une école

Ceci est le dernier de trois articles sur mon année en Chine.

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2 Comments

  • Jacques Robert dit :

    Wow! Quelle belle chance d’avoir vécu ce beau cadeau. Merci d’avoir partagé ces beaux moments en Chine. Ce cheminement est très inspirant.

    • Claire Durocher dit :

      Quand on parle de l’Orient et de l’Occident, ce sont beaucoup plus que des mots, ce sont des modes de vie différents qui nous changent au plus profond de notre être.

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