“Apprivoiser la poésie du Sahara
avec la vie des hommes du désert et de leurs chameaux”

Mohammed Bin Rashid Al Maktoun

J’ai l’impression d’être loin de moi-même. Les spectacles de lumière, les hommes en robe blanche beaux comme des princes, les femmes au teint cuivré dans leur élégance de soirs de bal, la magie opère. Que me réserve le désert des Émirats qui m’attend au détour de demain ?

 

bédouin devant une tente

Chaque jour aux Émirats, je suis une nouvelle personne, ma chair a mal d’être si indigne de cette culture authentique. Je me sens comme une sans-patrie, mon pays a falsifié mon âme, à donner une fausse apparence, à modifier la réalité d’un peuple du Moyen-Orient. Mon coeur se vide afin de faire place à ce vécu du peuple du désert. La vapeur du sable pénètre mes sens et réveille de nouvelles pensées, de nouvelles émotions comme un rayon de soleil sur la fleur odorante et parfumée.

L’auteure Ann West rencontrée dans le désert des Émirats dit qu’il est essentiel de chercher la vérité à la source. Sinon, comment parler des épices si on n’a jamais senti leur parfum dans un souk d’épices, là où elles sont chez elles. Sa pensée rejoint celle d’Aristote qui a dit: l’expérience est la source de la connaissance.

cuisine sous la tente

Les Bédouins, ces nomades du désert, m’accueillent avec un café arabique et des dattes comme le veut la coutume. Je vis le ravissement et la séduction du désert. Un visiteur s’exclame : on voit trois maigres arbustes épineux que le guide qualifie pompeusement de pâturage !

homme devant un arbuste

Quel somptuosité de voir les animaux courir à travers les dunes. Ils nous montrent que le désert n’est pas si aride, si vide, si rempli de rien. Le désert c’est la vie à sa manière. D’ailleurs, une chanson libyenne parle doucereusement du désert.

“Le vent passe comme une caresse sur les vagues du désert et la caravane ne laisse pas plus de trace que l’aile d’un oiseau dans l’air ou un poisson dans l’eau. Fuyons la foule car il n’y a point de salut dans la multitude, prenons garde de ne pas prendre racine comme un arbre.”

femme devant des jeep

Le désert est un tableau animé. L’oryx d’Arabie brille sur le sable avec son pelage blanc reflétant la lumière du soleil. En voie d’extinction dans les années 1960, l’oryx est sauvé grâce à des programmes de reproduction et de réintroduction dans son habitat naturel. La gazelle fait son élégante au milieu des dunes. On dit que la gazelle des montagnes peut atteindre des vitesses allant jusqu’à 65 km/h lorsqu’elle se sent en danger. La gazelle des sables, sa petite cousine comme l’appelle les locaux, est malheureusement en voie d’extinction à l’échelle internationale.

Ce n’est pas que dans la poésie, les reptiles affluent dans le désert. Serpents, scorpions, crapauds et lézards pouvant atteindre 1m de long vivent dans le désert émirati. La plupart s’adaptent au milieu désertique et certains vivent jusqu’à 80 ans. Même un faucon en plein vol plane si près de ma tête en quête de nourriture que ça me glace dans le dos.

oryx dans le désert
animal dans le désert

Mon séjour chez les Bédouins est une vraie histoire de Tintin au pays de lor noir. Les longs sillons de sable laissés par les pneus de la jeep, le keffieh bien ajusté sur la tête, je suis à travers nulle part, dans une absence qui se révèle d’une abondance fébrile.

jeep dans le désert

Un matin, après le petit déjeuner, un ancien d’une tribu de la région raconte sa culture, partage ses connaissances. Comme il est fier de raconter son histoire, celle du passé et celle d’aujourd’hui. Il croit au rapprochement des deux générations par la compréhension des traditions. Pour cela, dit-il, il faut avoir l’esprit ouvert et adopter les traditions modernes comme celle de la téléphonie cellulaire. D’ailleurs, il montre son cellulaire comme mon arrière-grand-père montrait sa montre à la boutonnière.

deux hommes assis sur un tapis persan

On ne parle plus de réalité, d’expérience, le désert c’est venir au monde. Je deviens une Wilfred Thesiger, ce Britannique qui a passé sa vie dans le désert.

“Nous étions dans le vrai désert, là où les différences de race et de couleur, de richesse et de prestige social sont dénuées de toute signification… là où seules apparaissent les vertus fondamentales… là où les hommes se rapprochent les uns des autres... Les Bédouins, qui remarquent tout et n’oublient rien, échangent indéfiniment leurs souvenirs, trompant ainsi la monotonie des longues heures de marche.”

Wilfred Thesiger
pas dans le sable

Un soir, après être entrée dans le surréel du ciel étoilé, je m’endors sous la tente dans ce calme sans lune au creux de tapis persans.

Qu’il est bon de ressentir la satisfaction de vaincre ses peurs et de le faire tel prendre place sur le dos d’un dromadaire. Ce plaisir, cette saveur de vivre, ce goût du jamais vu, cette extase de l’abandon à l’inconnu, comment le décrire! Thesiger a choisi ces mots : Y vivre seul, c’était éprouver aussitôt tout le poids de la peur, car la nudité de la terre est en ce lieu plus effrayante encore que la plus ténébreuse des forêts au cœur de la nuit.

intérieur d'une tente avec des tapis persan
femme dort sous la tente

Dans cette étendue sablonneuse, l’aube casse l’uniformité monochrome de la couleur. Le lever du soleil montre des traits rosées qui reluisent sur le sable.

Le désert a laissé son empreinte dans mon coeur. J’ai vécu l’intégrité du peuple du désert. J’ai vu combien la simplicité mène à la paix d’esprit, à la tranquillité.

 

“Le désert apporte un peu de la douceur qui nous est nécessaire, de l’humilité qui nous manque si souvent dans une nature que nous abîmons, à coups de déchets enfouis, de pollutions infernales, de bétonnage outrancier.”

Jean-Pierre Valentin
tatouage berbère

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