Par Claire Durocher

Incroyable, un matin d’automne, au beau milieu de la Chine, je mange de la tire Sainte-Catherine. Une dame, dans un stand de fortune sur la rue, cuit la mélasse et l’étire à même l’assiette et une fourchette.

Je suis choyée par le sourire rayonnant et attendrissant des personnes que je rencontre. J’apprécie leur complicité au travail comme sur la rue. Ils sont des dizaines à m’aider à acheter un shampoing, à s’intéresser à moi juste pour s’intéresser à l’autre. Ils me voient, me regardent, me parlent comme si j’étais de la famille qui arrive pour le réveillon de Noël. Même après deux mois à sillonner les mêmes rues, les mêmes quartiers, l’euphorie est toujours à son apogée.

Un rue de quartier de la ville

Le transport en commun est mon moyen de transport usuel. Pour 6 cents le billet, le prix est plus qu’intéressant. En plus, c’est une expérience à chaque fois. Parfois, le chauffeur me dit, d’un air hésitant et timide, les quelques mots en anglais qu’il connaît, et tous les passagers font de même dans un grand éclat de rire généralisé. On se croit dans un voyage organisé et pourtant c’est le transport en commun qui amène les travailleurs à l’ouvrage.

Un arrêt d'autobus

Les invitations dans les foyers sont nombreuses. On me sert des plats typiques et on continue à me faire l’honneur de prendre la première bouchée, quel beau cauchemar! Comment manger du crabe entier avec des baguettes?

Souper entre amis

Vient le temps de Noël et du Jour de l’An. Même si cette fête est occidentale, elle est soulignée à l’école. Marie-Noelle et moi allons chanter des cantiques de Noël dans les classes. On montre des sets carrés sur un air de la Bottine souriante.

Le Conseil scolaire réunit tous ses enseignants pour un copieux festin avec spectacles. Je suis dans une section spéciale de la salle… vieillesse oblige. On me sert du thé tout l’après-midi.

Des hommes déguisés lors d'un spectacle

Les festivités se déplacent vers un souper gastronomique avec nappe blanche et vin chaud. Des toasts de vin chaud et encore des toasts, Gombé! Gombé!. Le Conseil scolaire offre un cadeau à tout son personnel. Pour la première fois, je ne reçois pas un crayon avec le nom de mon employeur écrit dessus! Je reçois deux caisses de fruits et une caisse d’oeufs.

Une femme devant la statue d'un tigre pour l'année du tigre

Je participe à une soirée de charité pour plus de 700 personnes âgées. Un repas communautaire où des personnes moins nanties sont assises à la même table que les gens d’affaires. Marie-Noelle et moi sommes les deux seuls étrangers. Les gens à notre table s’amusent à voir notre gaucherie à manger des plats encore une fois inconnus. Ils nous aident, ce qui donnent lieu à de grands moments de partage et d’émotion. Je découvre une pâtisserie aux fruits, je me sens chez moi à manger un gâteau aux fruits traditionnels. Je me sers un gros morceau à la surprise de mes voisins de table, qui eux ne mangent pas de dessert.

Une femme avec son certificat de reconnaissance

Un spectacle de Noël prend place. Des gens de la communauté et des employés de la salle de réception se succèdent sur la scène. Un guitariste des Philippines chante Feliz Navida accompagné de tous. Un moment unique!

Des gens habillés de rouge et blanc pour un spectacle de Noêl

Le soir du réveillon, je me rends dans une petite église pour entendre un Minuit chrétien. L’église est remplie de personnes à qui on sert un repas chaud. On m’invite à festoyer avec eux, mais un peu timide, je décline l’invitation. J’opte pour un restaurant où je mange une soupe minestrone qui goûte la Chine.

Des bâtiments éclairés durant la nuit

Plus question de m’adapter à la culture chinoise, je vis vraiment la vie des Chinois. Je mange même le bouillon où il y a du boudin dedans, tout un pas de géant pour moi. Mais, pour le boudin lui-même je passe encore mon tour. On va voir un film de Nicolas Cage au cinéma avec deux couples. La coutume veut que dans le cinéma les couples s’assoient seuls pour leur intimité. Marie-Noelle et moi regardons seules Nicolas Cage parler en chinois.

Un palmier géant décoré comme un arbre de Noël

Un soir, c’est la catastrophe. Une dame m’invite à une salle de danse avec ses amis. Je chante Quand le soleil dit bonjour aux montagnes avec le karaoké. Je fais mon premier tour de danse sur l’invitation d’un galant chinois. Tous les prétendants s’amusent à faire danser la Canadienne aux cheveux jaunes (blond).

La frivolité est dans l’air pour le Nouvel An chinois. Un enseignant me peint deux affiches rouges pour mettre de chaque côté de ma porte. Ce sont des vœux de santé et de bonheur pour les invités. Chaque foyer a ses affiches, ça rend la fête encore plus traditionnelle.

Un artiste dessine une affiche de voeux de Nouvel An

Je n’oublierai jamais ce grand‑papa qui m’accueille chez son fils pour le Nouvel An. Voir cet aïeul installer ses affiches rouges sur la porte de la demeure de son fils avec son bâton de colle et avec tant de bonheur, j’en suis émue, bouleversée, changée. À mon arrivée, il saute de joie et ce, physiquement.

C’est un honneur et une chance d’accueillir des invités pour le Nouvel an. Mais encore plus, quand ce sont des étrangers et à Changzhou, c’est exceptionnel. On mange, on rit et on boit du vin chaud, comme si on prenait le thé. Je ne m’y habituerai jamais. Une fois, au restaurant, je commande une bouteille de vin. Elle est servie dans une théière!

Plusieurs plats de nourriture sur une table

Les magasins sont décorés de lanternes chinoises des petites, mais aussi des gigantesques. La Chine moderne se déploie sous mes yeux. Dans les familles, la tradition veut que les femmes plus âgées préparent les plats et les apportent sur la table pour les convives au fur et mesure. Elles mettent les assiettes remplies par‑dessus les assiettes à moitié vides au centre de la table. Il y a comme trois étages de plats. Je pense que c’est un signe de prospérité un peu comme certains débouchent une bouteille de champagne le 31 décembre. Ces rencontres sont précieuses, je vis le désintéressement des hôtes pour les choses matérielles, aucune possession inutile. Je ne vois que l’esprit familial qui m’enveloppe mielleusement.

Une femme dans un magasin rempli de décorations de Noël rouge

Je ne veux plus partir, je veux vivre ça encore et encore jusqu’à ce que ça m’enveloppe pour toujours. Sur le web je vois des photos du Nouvel An chinois, des trucs colorés pour épater la galerie, mais je ne vois pas ça dans mon entourage. Dans notre quartier, on voit les célébrations des gens ordinaires.

Une femme avec deux enfants

Par ailleurs, la quantité de feux d’artifices dans les rues est incroyable. Chaque famille fait son propre feu d’artifices. Comme il y a des millions de personnes en Chine, ça en fait des feux d’artifices, et pas juste des petits pétards, des feux grandioses. C’est à perte de vue dans le ciel comme des aurores boréales qui ne finissent pas. Il y en a tous les soirs durant des heures. Ce qu’il y a d’émouvant dans cette tradition est, que chaque fois qu’on voit un feu d’artifices, il y a une famille qui célèbre le Nouvel An en se souhaitant de la chance et une longue vie.

Un feu d'artifices

Les célébrations du Nouvel An chinois se terminent par le Festival des lanternes, la danse du dragon et un souper de dumplings. Des enseignants m’invite à la soirée des lanternes au temple Tianning juste à côté de la pagode du même nom. Ce temple est un des plus grands temples bouddhistes de Chine.

La pagode a été détruite et reconstruite plus de cinq fois depuis sa première construction dans les années AD 618 et atteint aujourd’hui plus de 500 pieds de hauteur. Nous achetons deux lanternes sur la rue afin de faire nos vœux pour la nouvelle année. Mais, les lanternes sont percées et les enseignants réfléchissent à une solution. Je leur propose de les coller avec ma gomme, proposition acceptée à l’unanimité. On s’exécute, nos lanternes prennent le large, mais contrairement aux autres lanternes qui montent en droite ligne vers le ciel, les nôtres n’ont pas d’équilibre et montent lentement et tout de travers. C’est la rigolade.

Toutes les lanternes dans le ciel ressemblent à un grand feu d’artifice sans bruit, seulement les couleurs et le rythme paisible des lanternes qui dansent au gré du vent dans le ciel. Le bonheur appartient à ceux qui savent rire, dit le proverbe.

Des gens préparent des lanternes de papier avant leur envol

Ceci est le deuxième de trois articles sur mon année en Chine.

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2 Comments

  • Jacques Robert dit :

    Voir tous ces beaux moments que vous avez vécu, c’est une grande richesse spirituelle d’avoir vécu ça.

    • Claire Durocher dit :

      C’est certain que de vivre dans une autre culture nous amène à faire une réflexion sur nos valeurs.

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