“Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier
que je donne de vieilles pommes.”

Félix Leclerc

Devenir vieux s’accompagne de beaucoup d’humilité. Avancer en âge exige beaucoup dans l’acceptation physique et mentale de son corps et de son esprit. Il importe aussi d’accueillir son rôle et sa place au sein de la société. Beaucoup de pays asiatiques et africains font une place honorable aux vieillards. En Occident, la culture des aînés tend à moins les reconnaître et à vénérer la jeunesse.

C’est donc difficile de faire la paix avec vieillir. Pourtant la vieillesse apporte avec elle un temps d’allégement et d’apaisement. Le gaspillage du temps à gérer des conflits et le temps des rancoeurs sont révolus. Le mot respect des générations prend tout son sens.

deux aînés avec le mot respect
deux aînés dans un jardin

Vieillir c’est savourer sa vie, son identité et partager avant de tirer sa révérence. C’est le plaisir d’inventorier ses connaissances et ses expériences de vie.

Vieillir c’est reconquérir son soi qui s’était quelque peu effrité dans le brouhaha du travail et du quotidien.

Vieillir c’est avoir une perception différente et se donner des permissions. C’est montrer son coeur parce que la crainte du ridicule est derrière soi. C’est se remercier soi-même et s’offrir sa place dans l’Univers.

Certaines personnes gravent des souvenirs au creux de notre coeur, mais l’ancêtre grave un caractère, une personnalité, une détermination, une force à jamais dans notre vie.

Un jour, mes parents décident d’acheter le troupeau de vaches laitières d’oncle Omer Lapointe afin d’augmenter les revenus pour payer nos études. La famille se réunit et on ramène les vaches sur les chemins de campagne jusqu’à la ferme. C’est un grand moment, mes parents trouvent une façon de payer nos études, un but qui leur est cher.

Le lendemain, pendant que je mange ma tartine au miel, mon père entre dans la maison et dit : toutes les vaches sont mortes … électrocutées. C’est la première fois que je vois mon père pleurer. Quelques minutes plus tard, il se ressaisit. Avec la tendresse et le soutien de ma mère, il relève ses manches et continue son travail. Ce jour-là, j’ai vu le champ de bataille du découragement et de la force d’âme dans le même regard de mes parents. Un abîme, un désordre comme une sorte d’anomalie de la vie. Cette minute me suit comme une immunité morale.

une aînée au regard heureux
un grand-papa assis avec son chapeau

Dans cette même étable, il y a ce dimanche après-midi d’hiver avec mon grand-père Anthime. Ce grand silencieux toujours teinté d’une paix indéfinissable, m’aide à tailler une poule dans un morceau de bois. Bien plus que l’Art du travail du bois, c’est l’Art de vivre que je sculpte dans ma tête en compagnie de cet aïeul éternel.

 

Que dire de grand-maman Berthe qui, avec ses chapeaux de grandes occasions dont celui avec une longue plume d’autruche, se plaît et s’enorgueillit de sa descendance British. Elle raconte allégrement et fièrement que son premier boulot lui permet de faire un emprunt de 75 cents à la banque. Ses paiements sont de 5 cents. Qu’a-t-elle acheté de si important? Un parapluie pour s’en faire une ombrelle. Une grande dame de coeur dont l’éternel romanesque me manque toujours.

une aînée avec un chapeau élégant

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