Note : Ce périple se rapporte à la réalité du début des années 2000. Alors que la planète célèbre l’arrivée du nouveau millénaire, les Premières nations du Nord se battent pour être des citoyens à part entière de l’humanité. Ils veulent briser les chaînes qui font obstacle à leur autonomie. Les lois empêchent toutes possibilités de vie décente. Ils sont comme dans une prison à ciel ouvert où ils sont contraints à la honte et au déshonneur. Non seulement une mort morale, mais aussi sociale et physique.

paysage hivernal nordique

Au coeur du Grand Nord ontarien dans cette beauté simple des paysages, 10 000 Amérindiens survivent dans le froid et l’aridité des terres. Pourtant l’immensité du territoire fait rêver le visiteur.

Les Premières Nations habitent ces terres septentrionales sur lesquelles leurs ancêtres ont survécu bien avant la signature des traités. Aujourd’hui, leur plus grande lutte n’est pas celle des saisons qui tapissaient le sol, mais celle de l’arrivée des Blancs qui perturbe les traditions. Les nouvelles générations veulent incorporer leur culture au monde contemporain. De grands défis les attendent.

maisons d'une communauté nordique

La seule façon terrestre de plonger dans l’univers du peuple autochtone de la Baie James est une randonnée de 5 heures à bord du train Polar Bear. La beauté sauvage saute aux yeux et le visiteur apprivoise lentement cet autre monde, cette autre culture des communautés de la Baie James. Comme le sentiment d’être perdu au centre d’un grand silence.

Le chemin ferroviaire s’étale comme une longue banderole à travers les épinettes de la toundra. Le vert des conifères tente de garder sa fière allure malgré le réchauffement climatique. Les animaux sauvages errent calmement d’un ravin à l’autre dans les marécages comme dans les clairières.

un homme prend le train à la gare

Au village, une naissance, un premier souffle de vie et tout de suite le nouveau-né plonge dans la réalité de l’éloignement de sa communauté. Malgré ses cris, aucun bureau administratif pour enregistrer sa naissance et l’accueillir comme citoyen canadien, comme citoyen du monde. Et pourtant, des jeunes Amérindiens chantent haut et fort l’hymne national canadien dans leur langue au coeur de la communauté.

Ce nouvel être demeure incognito durant des années, il n’est pas dans le grand livre du gouvernement. Heureusement, depuis peu, les deux députés NPD de la circonscription parcourent ces villages nordiques de la Baie James pour enregistrer chaque résident. Ceci permettra aux gens d’être officiellement reconnus, d’avoir accès à des services, et surtout de montrer aux gouvernants que le système de réserve est révolu et avilissant.

un homme rencontre une femme avec son bébé

Passent les lunes et le petit poupon devenu grand prend le chemin de l’école. Les élèves de Fort Albany s’épanouissent dans leur nouvelle école. Un capteur de rêve géant à l’entrée protège les enfants de la communauté et est témoin de leur félicité.

capteur de rêve géant devant une école

Les jeunes Amérindiens n’ont pas tous la même chance. Les enfants d’Attawapiskat ont joué longtemps à la marelle sur un sol contaminé au mazout avant que les Autorités les transfèrent dans des classes portables. Et cela fait 5 ans que la réserve réclame une nouvelle école selon les standards provinciaux, des standards beaucoup plus élevés que ceux du ministère des Affaires indiennes et du Nord.

plusieurs réservoirs de mazout entassés

Dans une réserve plus au sud à Kashechewan, les murs de l’école primaire sont plein de moisissure. On est bien loin des classes au décor stimulant des autres écoles de la province. Des édifices de plusieurs écoles du Grand Nord ontarien sont désuets, rien pour susciter l’intérêt des élèves à leur apprentissage. C’est sur la patinoire extérieure du village que les jeunes développent leur sentiment d’appartenance et que leurs rêves se dessinent.

jeunes jouent au hockey sur une patinoire extérieure

Il faut dire que le système scolaire autochtone se remet à peine de l’ère des pensionnats. Dans les années 50 et 60, les enfants sont arrachés à leur famille pour être conduits dans les internats où on leur enseigne à devenir des Blancs.

Aujourd’hui, le règne des pensionnats est terminé. Les Premières Nations reprennent contact avec leurs traditions au grand plaisir des anciens. Les Amérindiens aspirent à l’autonomie qui était la leur avant l’arrivée des Blancs sur leurs terres. Mary-Lou Ihatail, une sage originaire d’Attawapiskat, croit que pour redonner un sens à la vie nordique, il faut retrouver les valeurs autochtones là où elles leur avaient échappé.

Pour reconquérir leur indépendance, ils misent sur l’éducation. Une éducation traditionnelle ajustée au monde contemporain. Et Garry Wesley est un exemple vivant. Il est diplômé de l’Université de Winnipeg et est revenu dans son village parce qu’il croit au jumelage des valeurs ancestrales et à l’apport des jeunes.

panneaux pour faire attention aux avions sur la route de glace

Le Nord du 50ième parallèle se laisse apprivoiser. Le soleil danse au son du vent, les motoneiges sifflent dans le froid et parfois la vie sur la côte fige comme en attente du prochain blizzard. Le visiteur teste ses capacités, pourra-t-il survivre dans ce nouveau monde?

rue dans une communauté

Une nouvelle vison du monde se dessine, mais elle est pleine de cicatrices. Devenus citadins dans leur réserve, les Amérindiens ont du mal à s’adapter à cette nouvelle façon de vivre. En les regroupant dans ce nouveau mode de vie, le gouvernement a promis logements et services, mais il a oublié le travail. Faut-il rappeler les paroles de Félix Leclerc, Le meilleur moyen de tuer un homme est de le payer à ne rien faire.

visage fait de neige et de branches sur le bord de la route

Dans les nouveaux villages autochtones, les maisons deviennent vite surpeuplées. Les populations des réserves doublent et à Kashechewan, les problèmes deviennent insurmontables. Le village est entouré d’une digue pour éviter les inondations, mais cela n’empêche pas le débordement de la rivière Albany. Les murs des maisons sont plein de moisissure et l’usine d’eau prend sa source près des égouts. La communauté est évacuée chaque année, mais les problèmes ne disparaissent pas. Les gens font fondre la neige pour la boire. L’avis de faire bouillir l’eau avant de la consommer ne les rassure pas.

aperû d'une communauté sous la neige

Le découragement laisse place à la détermination. Une centaine d’hommes de la réserve trouve du travail, ils rénovent les maisons remplies de moisissure. Chaque matin dans le froid glacial, le bruit des marteaux donne un sens à la journée. Ses sons qui semblent ceux d’une vie normale trahissent une grande douleur. Les résidents de Kashechewan sont sous le choc. Ils tentent d’oublier qu’il y a un mois, deux jeunes détenus de la réserve ont brûlé vifs dans la prison. On n’oubliera jamais les cris et surtout le sentiment d’impuissance, témoigne la population. Impossible de les secourir, le policier avait gardé les clés.

bâtons de hockey laissés sur un banc de neige

Entre temps, le Service de la police Nishnawbe-Aski réclame des conditions adéquates pour les postes de police. À Fort Albany, par exemple, le poste est situé dans une maison mobile et les quatre cellules de 2 mètres sur 3 ont abrité jusqu’à 19 détenus en même temps. Sept femmes ont partagé la même cellule où il y a un urinoir et une couverture sur le sol en guise de lit.

Le chef de Fort Albany, Mike Metatawabin, ne voit pas la lumière au bout du tunnel. Il souhaiterait que les Premières Nations gèrent leurs institutions plutôt que d’avoir à quémander de l’argent au gouvernement. Un boulet dont il voudrait bien se débarrasser.

maison mobile délabrée servant de poste de police

Le territoire des Premières Nations est immaculé et pourtant il est semé d’embûches. Un développement économique serait-il la solution? Le géant minier De Beers commence un projet d’extraction du diamant des terres de la Baie James. Une décision qui n’a pas fini de perturber la vie paisible des habitants de la côte. Les nouveaux arrivants sauront-ils respecter la nature? Les Premières Nations craignent que leur terre ancestrale soit menacée par la gourmandise de l’entreprise qui s’improvise roi et maître.

Y aura-t-il des emplois pour les Amérindiens qui n’ont pas tous eu la chance de fréquenter les grandes institutions d’enseignement? Le chef Mike Carpenter et ses acolytes ont prévu le coup et exigent que le tiers de la main d’oeuvre soit des employés de la communauté. Mais le chef craint de se faire piéger. Les jeunes ne sont pas formés, les compétences locales font défaut. Il sait que la formation est la pierre angulaire de l’essor de sa communauté. Mais les jeunes seront-ils prêts à temps pour décrocher un emploi à la mine de diamant?

coucher de soleil sur la route de glace dans la forêt

Par ailleurs, certains ont déjà trouvé du travail pour le montage de la ligne électrique. D’autres s’improvisent entrepreneurs et transportent des matériaux avec leur motoneige et leur traîneau de bois traditionnel. Un vent de renouveau souffle sur la réserve à l’embouchure de la Baie d’Hudson. Les équipements modernes grondent, la ligne électrique pourra bientôt fournir l’électricité à la mine mais plus encore, le réseau de fibre optique pour Internet à haute vitesse sera installé. La nouvelle technologie donnera un coup de pouce à l’éducation qui en a grandement besoin et aux soins de santé grâce à la télémédecine qui sera accessible par le réseau. Les retombées sont plus que commerciales, elles sont sociales et communautaires.

Le chef Carpenter demeure songeur. Il veut un apport durable.

motoneige tirant un traîneau de bois

Des projets se dessinent. Les Premières Nations parlent de développement stratégique et tourisme ethnique. Des libres penseurs autochtones apportent des idées de renouveau économique pour mener à l’auto-suffisance. On cite en exemple la possibilité de semer des légumes pour réduire le coût de la vie. D’ailleurs, un jeune père amérindien fait pousser des carottes qu’il prétend les meilleures, sans parler de sa pomme de terre géante qui fait fi du froid du Nord. On parle aussi de forfaits pour visiter les ruines du Fort Albany. Des forfaits hiver été car quoi de plus accrocheur qu’une route de glace pour attirer les touristes. Une route non balisée ou plutôt si, par des arbres au milieu de la route en guise de panneau indicateur pour avertir le conducteur de faire attention au trou. Mais les habitués s’y retrouvent. Dans cette région marécageuse, des habitants tirent le meilleur du sol et arrosent la route pour la recouvrir d’un revêtement de glace permettant le transport des marchandises.

petit conifère indiquant un trou sur la route

L’épaisseur de la glace va jusqu’à deux mètres sur les rivières pour le transport des camions de ravitaillement. Les camions font du surf sur la glace. Le poids du camion exerce une pression et le camionneur doit suivre lentement cette vague qui se déplace sous la glace pour ne pas briser les règles de la physique et se retrouver en fâcheuse position. L’aventure est grandiose. Les conducteurs n’ont que la lune pour balise. Un camionneur a l’âme à la tendresse. Il raconte que le son du craquement de la glace au clair de lune est loin d’être lugubre. Il est même apaisant au centre du paysage bleuté paradisiaque.

arrosage de la route à partir d'un marécage

L’isolement des communautés de la Baie James fait réaliser la fragilité de l’être humain et la nécessité de l’entraide. Personne ne peut survivre seul dans ce grand océan de conifères et de caribous. Difficile d’imaginer ce que c’est que de vivre sans les produits de consommation. Les gestes quotidiens sont différents. Le compte en banque et la performance de l’horaire n’ont pas leur place. Le père Rodrigue Vézina, installé à Attawapiskat depuis une trentaine d’années, en sait quelque chose. Les filets de pêche sous la glace en face de son église lui rappellent qu’il est presqu’au bout du monde.

petite chapelle

Un périple à la Baie James est un moyen de se retrouver face à soi-même et d’être soi-même. La simplicité joyeuse des résidents est complice de la pureté des paysages. Les clichés tombent. On comprend pourquoi le temps a une connotation différente dans ce pays de glace. Le concept de réussite s’adapte à la culture et les paroles des sages sont dignes de tous les attraits.

deux personnes glissent sur la route

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